Oscar s'était enfuit, il avait sauté la barrière, écorché ses genoux, défait son visage de garçon sage et il s'était enfui, fou de joie. Il avait décidé de partir, même si on sait au fond de soit que l'on va être retrouvé, emprisonné de nouveau à un lieu que l'on déteste ; il y a cet espoir, infime, au creux du corps ; l'excitation de la transgression et l'illusion d'une fantastique liberté : une après midi hors de sa prison quotidienne, hors de cette chambre où il devait travailler sans relâche, les mains tachées d'encre et d'un désir d'ailleurs. Sous elles dansaient sans cesse des cartes qu'ils regardaient secrètement, se projetant dans ces pays qu'il effleurait du bout des doigts. Il avait sauté la barrière, écorché ses genoux, défait son visage de garçon sage et il était parti. Loin déjà. Il longeait les ruelles, sautillant de ce dynamisme qu'on étouffait sans cesse chez lui, préférant stimuler son intelligence. « Oscar est un enfant cérébral, particulièrement brillant. » disait-on. Mais Oscar était avant tout un enfant, et il enviait les copains de l'école. Lui aussi il voulait manger de la glace et se tacher de boue. Se tacher. C'était cela, son rêve. La colère s'évapora doucement, comme un parfum diffus qu'on ne sent plus mais qui s'est subtilement déposé dans la gorge, la rage avait disparu, le chagrin s'était évanoui et les larmes avaient séchées ; Oscar était dehors, sur les pavés, sous le doux soleil qui brulait délicieusement sa peau et illuminait le ciel, les ruelles, les maisons, les arbres, les baignant d'une magnifique clarté ; Oscar était en vie.
Deuxième Partie.